Je suis partie au Japon le 27 mars 2009, avec l'organisation EF que j'ai découvert par le biai d'internet. Le Japon est un pays qui m'intéressait depuis toute jeune, vers l'âge de 10 ans. Non, je n'ai pas commencé par les mangas, mais la télé. J'avais vu un reportage sur le mont Fuji, montagne (ou devrais-je plutôt dire volcan) sacrée du Japon (la plus haute avec ses 3776m d'altitude). Dès lors, assoiffée d'en connaitre plus sur celle-ci - c'était vraiment un coup de c½ur -, je suis allée chercher des informations sur la Toile. Ce qui m'a dirigé vers la culture japonaise. Je m'étais découverte une nouvelle passion : le Japon. Et tout ce qui s'y rapportait, un éventail de domaines; de la culture ancestrale au cinéma, passant par l'apprentissage de la langue japonaise aux mangas, mode, musique, traditions, phénomène, technologie et mode de vie.
J'étais donc partie pour une année dont je me réjouissais. J'aime la langue japonaise et je voulais la parler. Mais, au risque d'en étonner plus d'un, c'était un véritable enfer. Je suis restée 6 mois au lieu de 1o, les pires mois que je n'ai jamais passé. (Cela change de tous les autres returnee, au moins!). Quand j'y repense à présent, 6 mois, pour ce que je vivais, c'était une sacrée endurance.
Sans paraître trop excessive, ce que je vais dire là est simplement la réalité : le Japon est un pays raciste. Il ne compte, d'ailleurs, qu'1% de population étrangère. Le Japon a été fermé aux étrangers pendant plusieurs siècles. Il est connu que les japonais se sentent "inférieurs" par rapport aux étrangers. Ils essaient de "garder la face", leur façon n'améliore pas leur réputation. Au Japon, un étranger reste un étranger. Il ne sera jamais traité comme l'un des leurs, ceci même s'il parle la langue et est installé depuis plusieurs années là bas.
J'ai eu droit tout au long de mon séjour, lorsque je sortais, prenais les transports publics, à des regards de travers, perplexes ou dédaignants. Oui, parlons en des transports publics. Car c'était ça, le pire. Le métro (que je devais prendre tous les jours pendant 1h1o pour aller au lycée, vêtue de mon uniforme) m'a fait réaliser la situation des hommes japonais. Il y a trois types : raciste, pervers, fou. Le plus drôle dans tout ça, c'est que j'ai un lien avec ces trois, car je suis étrangère en uniforme japonais et on me remarque tout de suite : j'ai donc affaire à des racistes, j'ai eu des vieillards qui se sont arrêtés dans la rue pour m'insulter (ils avaient parfois fait l'effort de le dire en anglais [oui, tous les japonais croient normal qu'un étranger parle anglais], malheureusement pour eux je ne comprends guerre cette langue!), des hommes qui à peine j'effleure "s'essuient" l'endroit touché. Ces cas là ne concernent que les hommes âgés, ou plutôt à partir de la quarantaine. Les femmes, de tout âge, je n'ai pas eu de problème. Elles sont tellement différentes des hommes. Malheureusement au Japon, c'est l'homme qui domine. A présent, cela s'effrite peu à peu car le Japon s'occidentalise, mais cela est encore d'actualité dans les m½urs. En gros, pour caricaturer, c'est la femme qui tient la porte à l'homme. L'homme japonais est roi. La femme japonaise est soumise. L'homme travaille et la femme fait la cuisine, le ménage et s'occupe des enfants.
Il y avait ensuite le profil du pervers. C'était plutôt drôle à voir. Le genre à regarder les jupes des lycéennes avec un petit sourire en coin et le regard pétillant. Moi, cela me faisait rire, car c'était vraiment le stéréotype même. D'autres encore, s'amusent à suivre. C'est ce qu'il m'est arrivé à plusieurs reprises. On m'a suivi non pas sur un court trajet, d'ailleurs. C'était très lourd, et plutôt dégoûtant. Une fois, j'ai eu la bonne idée, lorsqu'on m'avait suivi dans le métro, de descendre juste avant que les portes ne se ferment. Il y a encore, ceux qui passent à l'acte. Une fois encore, c'est du vécu. Quelques jours avant que je ne quitte le sol du Japon, quand je rentrais du festival de sport, il faisait nuit. C'était la première fois que je rentrais quand il ne faisait pas jour. J'évitais toujours de rentrer tard, car je ne suis pas du tout rassurée, avec tous ces pervers qui trainent... ET LA, sur le chemin en allant chez ma famille d'accueil (il y avait 2o minutes de marche à faire depuis la gare jusqu'à la maison) un homme vient depuis derrière en vélo et me touche. Enfin, j'épargne les détails, typique. Sans que je ne me rende compte de rien il s'est retrouvé par terre avec sa bécane et j'ai réussi à sprinter jusqu'à la maison. A la suite de cela, il y avait toute une patrouille de policier qui vadrouillait dans le quartier. Je n'étais même pas étonnée que cela m'arrive. Je ne suis plus étonnée de rien : je suis au Japon. Tout est possible, là bas. Mais il fallait le faire, la première fois que je rentre quand il fait nuit. Et ce jour là, je me souviens que j'avais discuté à propos de la sécurité au Japon, avec Jenny, qui me disait qu'il n'y avait par contre de ce côté là, aucun soucis à se faire, même en campagne, concernant les pervers. Que le Japon, c'est un pays sûr. Moi, j'étais réticente. Il fallait voir sa tête quand elle a apprit ça. Il y a encore d'autres sortes, des regards persistants, des demandes indécentes. Il y a aussi les pervers des trains bondés, ces hommes en costards : ils se mettent en groupe pour tripoter une femme. Personne n'intervint. En fait, ce n'est pas qu'ils n'en n'ont pas envie, mais ils se retiennent. Ils ont peur des représailles. Ils préfèrent sauver leur peau plutôt que d'agir pour en sauver une autre.
Il y a ensuite, ce que j'appelle les "fous". Ce qui m'étonne, c'est qu'ils ne sont pas accompagnés. Et comme ils ne peuvent pas conduire, ils prennent tous le métro, là où je suis. Et c'est moi, l'étrangère, qui me les coltine. Au début je me demandais pourquoi c'est moi qu'on prenait pour tête de turque, mais en fait, j'ai réalisé que c'était vraiment car j'étais étrangère en uniforme et qu'on ne remarque que moi parmi tous ces japonais. Je cite un exemple, au moins chaque semaine, je rencontrais le même homme; dès qu'il m'apercevait, il venait vers moi et ne répétait de cesse "konnichiwa, konnichiwa, konnichiwa" (bonjour, bonjour, bonjour), en me tendant la main. C'était un disque rayé. Mais si ce n'était que ça. Ces moments arrivaient toujours lorsque le métro était bondé et qu'il n'y avait aucun bruit. Alors tout le monde, bien sûr, regardait la scène. C'était les moments les plus gênants que je vivais là bas. Et moi, je recherchais des regards complices, un peu de compassion, mais là, il était question de japonais! La complicité, la compassion, on oublie! Bref, ce bonhomme là, il se trouvait qu'il sortait à la même gare que moi. Et bien sûr, il m'attendait. Il avait même l'air rassuré quand il me voyait, et recommençait à me dire bonjour! Il y avait aussi d'autres personnes, qui parlaient tous seuls. Dont un qui gueulait carrément, chaque arrêt et chaque sortie.
Il y a ensuite l'école. Que je l'ai haïe. Du début à la fin, aucun corps d'enseignants japonais n'est venu vers moi pour me demander comment j'allais, si j'avais des questions ou des soucis. J'étais lâchée dans la nature. Heureusement, comme j'étais dans un des plus grands lycées public japonais (3000 étudiants devant lesquels j'ai dû faire mon speech, sur scène), ainsi il y avait quelques profs étrangers (dont à mon grand étonnement, une Suisse, avec qui j'ai pu parler avec nostalgie!) et j'ai au fil du temps bien sympathisé avec une française de Nouvelle Calédonie qui enseigne le français - mais qui est prof de japonais à l'origine-, Jenny. Grâce à elle, j'ai pu comprendre que je ne me faisais pas d'idées : il y a bel et bien quelque chose qui ne tourne pas rond là bas. Ce qu'elle ne comprend pas, c'est pourquoi je suis arrivée à son stade au bout de 6 mois alors qu'elle est au Japon depuis 4 ans. En effet, elle et moi avions les mêmes opinions vis à vis de la vie japonaise, des japonais. Elle n'en peut plus. Et pour tout dire, les autres profs étrangers qui sont dans ce lycée, partent un à un, chaque année, le Japon les rendant fous.
J'étais la seule de tous les exchanges rencontrés qui avait ce genre d'opinion sur la vie japonaise. Les autres allaient très bien, avaient des amis et adoraient ce qui leur arrivait. Chose que je ne comprends toujours pas. Moi, je subissais. Jenny, justement, me disait que c'était une question de maturité.
Bien sûr, je suis tombée sur des familles d'accueil adorables. J'ai eu une bonne amie, et d'autres camarades de classes avec qui nous nous entendions bien et allions faire des purikuras (photos autocollantes que l'on décore via un écran tactile). Des hommes me regardaient aussi et me disaient avec leur regard que je leur plaisais, d'autres sont venus m'aborder pour aller boire un verre. Des gens me demandaient de faire une photo. Mais, il y a un mais. Au début, je découvrais. Quand on découvre, on est bien. On ne voit souvent que des bons côtés, on est étonné, on s'extase, on apprend. Le temps passe d'ailleurs beaucoup plus vite au début, que lorsque cela devient le train train quotidien. On ne connait pas les personnes, on fait connaissance. Tout le monde est gentil, s'intéresse à notre personne et veut en savoir plus. Mais plus le temps passe, moins je n'avais de conversations avec mes camarades. Pas du tout les mêmes centres d'intérêts. Les japonaises ne peuvent pas être comparée avec les jeunes d'ici. C'est une différence bien trop grande. Comment dire... là où j'étais, soit elles ne pensaient qu'à travailler, soit elles parlaient de choses futiles, infantiles. (Sans oublier de préciser qu'elles ne jurent que par Disney, elles en sont fan!). Elles prennent aussi très au sérieux (ce qui n'est pas plus mal d'ailleurs comparé aux jeunes d'ici...) le fait que l'alcool et le tabac soit interdit au moins de 2o ans (majorité au Japon). Elles n'y pensent même pas. Quand je leur demandais par curiosité si cela ne leur disait rien, on me répondait que c'était pour les adultes. Qu'au Japon, c'est interdit. Elles commencent à avoir des relations avec des hommes qu'à partir du moment où elles vont à l'université. Les hommes travaillent beaucoup (sans pour autant être très actifs), et loupent la plupart du temp le repas du soir en famille, pour rentrer entre 21hoo, 23hoo. Dans ma dernière famille, le fils ne voyait son père que le weekend, car il rentrait tous les soirs vers minuit, et repartait bosser à 5h. Si on appelle cela une vie... A quoi cela sert de fonder une famille s'il n' y a que le travail qui compte?
J'en suis venue à avoir cette opinion : les japonais procréent pour procréer. Pour avoir des descendants. Je ne vois pas d'amour dans tout cela. Ce qui est bien triste... Ca paraît bête, mais je l'ai demandé, à mes familles d'accueil. S'ils s'aimaient vraiment. J'ai eu droit à ce que je m'attendais. Au début, quand ils n'ont pas d'enfants, ils s'"aiment beaucoup", mais de suite après le mariage et les enfants, le père est -en parlant crument et de ce qu'on m'a dit- surtout quelqu'un qui rapporte du fric et avec qui on passe des moments avec les enfants. Un protecteur. Qui a dit n'importe quoi?
En juillet, pendant les vacances d'été, j'ai eu l'occasion de voyager. C'était les trois meilleures semaines que j'ai passées ici. Voyager, il n'y a rien de tel. Pour découvrir le pays, et ce pourquoi j'étais intéressée par le Japon. Je suis allée à Kyoto, (à la chasse à la geisha!), Nara (avec ses magnifiques et affectueux cerfs qui gambadent partout), Kawaguchiko pour l'ascension du mont Fuji. Je l'ai fait en entier, de pied au sommet (3776m). Généralement, tout le monde commence par la 5ème station qui se trouve un peu plus loin que le milieu. C'était rude, certes, mais c'était le mont Fuji. Je me devais de le faire en entier ;-) C'est "grâce" à lui que j'étais au Japon. Et pour tout dire, le plus dur, c'était la descente! J'ai finis par Odaiba (et son exposition du Gundam géant, visible depuis notre hôtel!). Il est vrai que plus de voyage, cela aurait été très intéressant, ou encore, des excursions avec EF ou l'école pour les exchanges qui s'y trouvaient.
Certes, des généralités. Après, exceptions possibles, qui sait... Je dois aussi souligner que j'étais dans la préfecture de Saitama, et non pas à Tokyo. Si j'avais été à Tokyo, cela aurait sûrement été différent, on pourrait presque dire que les tokyoïtes sont habitués aux étrangers, tellement il y en a.
Pour moi, c'était une différence culturelle bien trop grande, à laquelle je n'ai pas pu faire face. Le problème n'était pas de m'adapter, car je l'étais de suite, mais je parle là de leur état d'esprit, et de leur façon de faire et leur vision des choses. Ces 6 mois m'auront permis de réaliser à quel point j'aime mon pays, mes proches et ce que je suis. Je me débrouille aussi très bien en japonais :-) A l'aéroport lorsque j'allais quitter le Japon, c'était tout de même un drôle de sentiment. Mais j'étais contente. Je ne regrettais pas d'être venue ici, j'ai pu réaliser comme étaient vraiment les choses là bas. Ce que je peux dire, c'est que je vous conseille d'arrêter d'adorer ce pays si vous n'y avez jamais mis les pieds, on vous ment, on vous sort que le bon.
Je suis rentrée le 11. Il suffisait de "si peu" pour sourire à nouveau :-)
Au revoir, Japon. Ce ne fut pas un plaisir.
J'étais donc partie pour une année dont je me réjouissais. J'aime la langue japonaise et je voulais la parler. Mais, au risque d'en étonner plus d'un, c'était un véritable enfer. Je suis restée 6 mois au lieu de 1o, les pires mois que je n'ai jamais passé. (Cela change de tous les autres returnee, au moins!). Quand j'y repense à présent, 6 mois, pour ce que je vivais, c'était une sacrée endurance.
Sans paraître trop excessive, ce que je vais dire là est simplement la réalité : le Japon est un pays raciste. Il ne compte, d'ailleurs, qu'1% de population étrangère. Le Japon a été fermé aux étrangers pendant plusieurs siècles. Il est connu que les japonais se sentent "inférieurs" par rapport aux étrangers. Ils essaient de "garder la face", leur façon n'améliore pas leur réputation. Au Japon, un étranger reste un étranger. Il ne sera jamais traité comme l'un des leurs, ceci même s'il parle la langue et est installé depuis plusieurs années là bas.
J'ai eu droit tout au long de mon séjour, lorsque je sortais, prenais les transports publics, à des regards de travers, perplexes ou dédaignants. Oui, parlons en des transports publics. Car c'était ça, le pire. Le métro (que je devais prendre tous les jours pendant 1h1o pour aller au lycée, vêtue de mon uniforme) m'a fait réaliser la situation des hommes japonais. Il y a trois types : raciste, pervers, fou. Le plus drôle dans tout ça, c'est que j'ai un lien avec ces trois, car je suis étrangère en uniforme japonais et on me remarque tout de suite : j'ai donc affaire à des racistes, j'ai eu des vieillards qui se sont arrêtés dans la rue pour m'insulter (ils avaient parfois fait l'effort de le dire en anglais [oui, tous les japonais croient normal qu'un étranger parle anglais], malheureusement pour eux je ne comprends guerre cette langue!), des hommes qui à peine j'effleure "s'essuient" l'endroit touché. Ces cas là ne concernent que les hommes âgés, ou plutôt à partir de la quarantaine. Les femmes, de tout âge, je n'ai pas eu de problème. Elles sont tellement différentes des hommes. Malheureusement au Japon, c'est l'homme qui domine. A présent, cela s'effrite peu à peu car le Japon s'occidentalise, mais cela est encore d'actualité dans les m½urs. En gros, pour caricaturer, c'est la femme qui tient la porte à l'homme. L'homme japonais est roi. La femme japonaise est soumise. L'homme travaille et la femme fait la cuisine, le ménage et s'occupe des enfants.
Il y avait ensuite le profil du pervers. C'était plutôt drôle à voir. Le genre à regarder les jupes des lycéennes avec un petit sourire en coin et le regard pétillant. Moi, cela me faisait rire, car c'était vraiment le stéréotype même. D'autres encore, s'amusent à suivre. C'est ce qu'il m'est arrivé à plusieurs reprises. On m'a suivi non pas sur un court trajet, d'ailleurs. C'était très lourd, et plutôt dégoûtant. Une fois, j'ai eu la bonne idée, lorsqu'on m'avait suivi dans le métro, de descendre juste avant que les portes ne se ferment. Il y a encore, ceux qui passent à l'acte. Une fois encore, c'est du vécu. Quelques jours avant que je ne quitte le sol du Japon, quand je rentrais du festival de sport, il faisait nuit. C'était la première fois que je rentrais quand il ne faisait pas jour. J'évitais toujours de rentrer tard, car je ne suis pas du tout rassurée, avec tous ces pervers qui trainent... ET LA, sur le chemin en allant chez ma famille d'accueil (il y avait 2o minutes de marche à faire depuis la gare jusqu'à la maison) un homme vient depuis derrière en vélo et me touche. Enfin, j'épargne les détails, typique. Sans que je ne me rende compte de rien il s'est retrouvé par terre avec sa bécane et j'ai réussi à sprinter jusqu'à la maison. A la suite de cela, il y avait toute une patrouille de policier qui vadrouillait dans le quartier. Je n'étais même pas étonnée que cela m'arrive. Je ne suis plus étonnée de rien : je suis au Japon. Tout est possible, là bas. Mais il fallait le faire, la première fois que je rentre quand il fait nuit. Et ce jour là, je me souviens que j'avais discuté à propos de la sécurité au Japon, avec Jenny, qui me disait qu'il n'y avait par contre de ce côté là, aucun soucis à se faire, même en campagne, concernant les pervers. Que le Japon, c'est un pays sûr. Moi, j'étais réticente. Il fallait voir sa tête quand elle a apprit ça. Il y a encore d'autres sortes, des regards persistants, des demandes indécentes. Il y a aussi les pervers des trains bondés, ces hommes en costards : ils se mettent en groupe pour tripoter une femme. Personne n'intervint. En fait, ce n'est pas qu'ils n'en n'ont pas envie, mais ils se retiennent. Ils ont peur des représailles. Ils préfèrent sauver leur peau plutôt que d'agir pour en sauver une autre.
Il y a ensuite, ce que j'appelle les "fous". Ce qui m'étonne, c'est qu'ils ne sont pas accompagnés. Et comme ils ne peuvent pas conduire, ils prennent tous le métro, là où je suis. Et c'est moi, l'étrangère, qui me les coltine. Au début je me demandais pourquoi c'est moi qu'on prenait pour tête de turque, mais en fait, j'ai réalisé que c'était vraiment car j'étais étrangère en uniforme et qu'on ne remarque que moi parmi tous ces japonais. Je cite un exemple, au moins chaque semaine, je rencontrais le même homme; dès qu'il m'apercevait, il venait vers moi et ne répétait de cesse "konnichiwa, konnichiwa, konnichiwa" (bonjour, bonjour, bonjour), en me tendant la main. C'était un disque rayé. Mais si ce n'était que ça. Ces moments arrivaient toujours lorsque le métro était bondé et qu'il n'y avait aucun bruit. Alors tout le monde, bien sûr, regardait la scène. C'était les moments les plus gênants que je vivais là bas. Et moi, je recherchais des regards complices, un peu de compassion, mais là, il était question de japonais! La complicité, la compassion, on oublie! Bref, ce bonhomme là, il se trouvait qu'il sortait à la même gare que moi. Et bien sûr, il m'attendait. Il avait même l'air rassuré quand il me voyait, et recommençait à me dire bonjour! Il y avait aussi d'autres personnes, qui parlaient tous seuls. Dont un qui gueulait carrément, chaque arrêt et chaque sortie.
Il y a ensuite l'école. Que je l'ai haïe. Du début à la fin, aucun corps d'enseignants japonais n'est venu vers moi pour me demander comment j'allais, si j'avais des questions ou des soucis. J'étais lâchée dans la nature. Heureusement, comme j'étais dans un des plus grands lycées public japonais (3000 étudiants devant lesquels j'ai dû faire mon speech, sur scène), ainsi il y avait quelques profs étrangers (dont à mon grand étonnement, une Suisse, avec qui j'ai pu parler avec nostalgie!) et j'ai au fil du temps bien sympathisé avec une française de Nouvelle Calédonie qui enseigne le français - mais qui est prof de japonais à l'origine-, Jenny. Grâce à elle, j'ai pu comprendre que je ne me faisais pas d'idées : il y a bel et bien quelque chose qui ne tourne pas rond là bas. Ce qu'elle ne comprend pas, c'est pourquoi je suis arrivée à son stade au bout de 6 mois alors qu'elle est au Japon depuis 4 ans. En effet, elle et moi avions les mêmes opinions vis à vis de la vie japonaise, des japonais. Elle n'en peut plus. Et pour tout dire, les autres profs étrangers qui sont dans ce lycée, partent un à un, chaque année, le Japon les rendant fous.
J'étais la seule de tous les exchanges rencontrés qui avait ce genre d'opinion sur la vie japonaise. Les autres allaient très bien, avaient des amis et adoraient ce qui leur arrivait. Chose que je ne comprends toujours pas. Moi, je subissais. Jenny, justement, me disait que c'était une question de maturité.
Bien sûr, je suis tombée sur des familles d'accueil adorables. J'ai eu une bonne amie, et d'autres camarades de classes avec qui nous nous entendions bien et allions faire des purikuras (photos autocollantes que l'on décore via un écran tactile). Des hommes me regardaient aussi et me disaient avec leur regard que je leur plaisais, d'autres sont venus m'aborder pour aller boire un verre. Des gens me demandaient de faire une photo. Mais, il y a un mais. Au début, je découvrais. Quand on découvre, on est bien. On ne voit souvent que des bons côtés, on est étonné, on s'extase, on apprend. Le temps passe d'ailleurs beaucoup plus vite au début, que lorsque cela devient le train train quotidien. On ne connait pas les personnes, on fait connaissance. Tout le monde est gentil, s'intéresse à notre personne et veut en savoir plus. Mais plus le temps passe, moins je n'avais de conversations avec mes camarades. Pas du tout les mêmes centres d'intérêts. Les japonaises ne peuvent pas être comparée avec les jeunes d'ici. C'est une différence bien trop grande. Comment dire... là où j'étais, soit elles ne pensaient qu'à travailler, soit elles parlaient de choses futiles, infantiles. (Sans oublier de préciser qu'elles ne jurent que par Disney, elles en sont fan!). Elles prennent aussi très au sérieux (ce qui n'est pas plus mal d'ailleurs comparé aux jeunes d'ici...) le fait que l'alcool et le tabac soit interdit au moins de 2o ans (majorité au Japon). Elles n'y pensent même pas. Quand je leur demandais par curiosité si cela ne leur disait rien, on me répondait que c'était pour les adultes. Qu'au Japon, c'est interdit. Elles commencent à avoir des relations avec des hommes qu'à partir du moment où elles vont à l'université. Les hommes travaillent beaucoup (sans pour autant être très actifs), et loupent la plupart du temp le repas du soir en famille, pour rentrer entre 21hoo, 23hoo. Dans ma dernière famille, le fils ne voyait son père que le weekend, car il rentrait tous les soirs vers minuit, et repartait bosser à 5h. Si on appelle cela une vie... A quoi cela sert de fonder une famille s'il n' y a que le travail qui compte?
J'en suis venue à avoir cette opinion : les japonais procréent pour procréer. Pour avoir des descendants. Je ne vois pas d'amour dans tout cela. Ce qui est bien triste... Ca paraît bête, mais je l'ai demandé, à mes familles d'accueil. S'ils s'aimaient vraiment. J'ai eu droit à ce que je m'attendais. Au début, quand ils n'ont pas d'enfants, ils s'"aiment beaucoup", mais de suite après le mariage et les enfants, le père est -en parlant crument et de ce qu'on m'a dit- surtout quelqu'un qui rapporte du fric et avec qui on passe des moments avec les enfants. Un protecteur. Qui a dit n'importe quoi?
En juillet, pendant les vacances d'été, j'ai eu l'occasion de voyager. C'était les trois meilleures semaines que j'ai passées ici. Voyager, il n'y a rien de tel. Pour découvrir le pays, et ce pourquoi j'étais intéressée par le Japon. Je suis allée à Kyoto, (à la chasse à la geisha!), Nara (avec ses magnifiques et affectueux cerfs qui gambadent partout), Kawaguchiko pour l'ascension du mont Fuji. Je l'ai fait en entier, de pied au sommet (3776m). Généralement, tout le monde commence par la 5ème station qui se trouve un peu plus loin que le milieu. C'était rude, certes, mais c'était le mont Fuji. Je me devais de le faire en entier ;-) C'est "grâce" à lui que j'étais au Japon. Et pour tout dire, le plus dur, c'était la descente! J'ai finis par Odaiba (et son exposition du Gundam géant, visible depuis notre hôtel!). Il est vrai que plus de voyage, cela aurait été très intéressant, ou encore, des excursions avec EF ou l'école pour les exchanges qui s'y trouvaient.
Certes, des généralités. Après, exceptions possibles, qui sait... Je dois aussi souligner que j'étais dans la préfecture de Saitama, et non pas à Tokyo. Si j'avais été à Tokyo, cela aurait sûrement été différent, on pourrait presque dire que les tokyoïtes sont habitués aux étrangers, tellement il y en a.
Pour moi, c'était une différence culturelle bien trop grande, à laquelle je n'ai pas pu faire face. Le problème n'était pas de m'adapter, car je l'étais de suite, mais je parle là de leur état d'esprit, et de leur façon de faire et leur vision des choses. Ces 6 mois m'auront permis de réaliser à quel point j'aime mon pays, mes proches et ce que je suis. Je me débrouille aussi très bien en japonais :-) A l'aéroport lorsque j'allais quitter le Japon, c'était tout de même un drôle de sentiment. Mais j'étais contente. Je ne regrettais pas d'être venue ici, j'ai pu réaliser comme étaient vraiment les choses là bas. Ce que je peux dire, c'est que je vous conseille d'arrêter d'adorer ce pays si vous n'y avez jamais mis les pieds, on vous ment, on vous sort que le bon.
Je suis rentrée le 11. Il suffisait de "si peu" pour sourire à nouveau :-)
Au revoir, Japon. Ce ne fut pas un plaisir.